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FANZINE
::: JAZZ A SAUMANE : IMPROVISADE #2 :::

IMPROVISADE #2 JAZZ A SAUMANE
UNE PROPOSITION DE L'AJMI

Vendredi 10 juin - Samedi 11 Juin - Dimanche 12 Juin

La dernière création de Jean Paul Ricard et de son équipe s'appelle Improvisade.
Si elle leur tient particulièrement à coeur, c'est qu'elle s'inscrit en cohérence à partir du projet initial de l'AJMI, d'une réflexion autour de la difficulté de faire venir le public en salle quand les beaux jours arrivent.
L'objectif était donc de relancer l'intérêt avec une présentation différente, un cadre exceptionnel (un des châteaux de Sade totalement inconnus, entre l'Isle-sur-la Sorgue et Fontaine de Vaucluse, à SAUMANE).
La programmation intense sur trois jours avec pour le dimanche une dimension festive et conviviale, "sudiste" met l'accent sur le travail des musiciens en région, que l'on entend à l'AJMI depuis longtemps.

Cette nouvelle manifestation (différente de ces festivals qui se multiplient dans tous les coins de l'hexagone) a très bien marché lors de la première édition en 2004 (voir notre dossier SAUMANE 2004 [www])
Pour la seconde édition, JP RICARD a gardé ce principe, encore que l'expression "musiciens de la région" soit à prendre avec quelque nuance. Certains artistes ont décidé de vivre ou de rester en région à Montpellier, Nîmes, Marseille ou Avignon en développant pourtant une activité nationale, voire européenne.

Le premier soir en ouverture du festival, un mistral violent nécessitait de la part de tous une grande vigilance dans une région propice aux incendies. Le site en plein air devant le château du "divin" Marquis au cœur d'une vaste pinède, allait offrir une scène de choix au premier groupe, Mouvement de quartet (Véronique Magdelenat, Luc Bouquet, Eric Brochard et Bettina Kee). Quartet mixte et à parité égale, le groupe donna un travail entre free jazz et totale improvisation avec des passages frémissants, très retenus, à écouter dans un souffle.

Suivait ensuite le quartet européen du pianiste Eric Watson (Américain à Paris depuis 1978) et de l'Allemand Christof Lauer. Avec la remarquable rythmique composée de Claude Tchamitchian et Christophe Marguet, la formation s'est imposée avec l'incandescence du live. Dissonances, stridences exacerbées par endroit des saxophones de Christoph Lauer, lyrisme désabusé par ailleurs, cette musique raconte une histoire très personnelle, un polar urbain post-moderne. Le délire du premier titre "Road movies" est à l'image du concert. Puis le climat tendu de "Road runners" dont un leitmotiv inspiré de West side story, plus inquiétant que débridé, vrille les nerfs, met le public sous haute tension. La déchirante ballade "the last goodbye" évoque avec suffisamment d’acuité la plainte du saxophone que soutiennent délicatement le piano et la rythmique. Film noir plus encore que d’errance, on baigne dans l’univers de polars post-modernes. Et pourtant cette musique, très énergique, balance. Certes peu de volupté, car l’intrigue exige une musique dense, captivante, qui fasse monter la pression. Illustrative d’un polar imaginaire que chacun sera libre de filmer dans sa tête avec les quatre musiciens comme acteurs, vibrants, percutants. On ne s'ennuie pas une minute dans cette course-poursuite haletante.

Le deuxième soir, le duo Sclavis-Courtois allait enchanter l'auditoire, tellement les deux hommes se connaissent et savent jouer dans toutes les situations. Avec charme et savoir-faire, ils reprirent de nombreux thèmes de leur album l'affrontement des prétendants. Certes, ils n'étaient plus que deux et bien plus complices qu'opposés, toujours impliqués dans la géographie de l’actualité et la dénonciation de l’horreur avec le chant funèbre extraordinairement tendu de l' hommage à Lounès Matoub, poète assassiné en Algérie.

Encore un changement de plateau pour faire place à une très grande formation cette fois, l'octet de Jean-Pierre JULLIAN dans l’exécution de son Opus incertum in C. album paru chez Emouvance.
Plus surprenante et moins accessible que le duo précédent, cette suite en deux mouvements, dense, touffue, surprit et ne laissa aucun répit, s'imposant comme une succession de temps forts. L’ensemble garde le sens de la suspension, comme en ces instants de grâce où les raseteurs se mettent en danger, frôlant l’accident, dans une chrorégraphie de sable et de sang mêlés, un jour de bruit et de fureur.

Suite

Les indispensables Stéphan Oliva Jean-Claude Jullian (piano, batterie-percussions), opèrent la liaison entre cuivres rutilants et cordes vibrantes, les instrumentistes se faisant face, tendus dans l’échange.
Ainsi, c’est à huit que la musique prend corps, sens et valeur. La référence tauromachique est plus que jamais présente avec le prétexte de la Carmen de Georges Bizet et de son traditionnel aria "Toréador" qui salue des moments intenses. En hommage à Coltrane, qui mettait sa vie en jeu tous les soirs quand il jouait, à découvert, avec cette obsession du plein, non de la saturation.

Dernière journée du festival, le dimanche sut enchanter le public venu fêter en famille l'arrivée de l'été, avec un concours de pétanque et un pique-nique très bucolique dans ce cadre insolite et unique.

Pour prolonger cette atmosphère conviviale, les organisateurs avaient imaginé des parcours sur la terrasse, dans certaines salles du château, ouvertes exceptionnellement, et dans les alentours immédiats du parc. Partagés en petits groupes pour des questions de sécurité, cette randonnée musicale donna lieu à des soli sauvages splendides de la part de Thierry Maucci multi-instrumentiste doué et hélas bien trop rare; puis le guitariste Raymond Boni et le vibraphoniste Alex Grillo, complice de travail, révélèrent à quel point ils étaient passés maîtres dans l'art d'improviser.
Dans la "salle des échos" à l'acoustique délicate et impressionnante, le duo dièse de la pétulante chanteuse Lucia Reccio et du batteur Luc Bouquet donna lieu à des mises en scène adaptées à chaque passage. En véritables artistes de la parole et du son, travaillant sur les vibrations, les textures, sur une phrase répétée, jouant avec les mots et l'idée de désir et de "délestement" selon Louis Calaferte, ils surent donner vie à cette salle impossible à pratiquer pour des musiciens non chevronnés. On aurait aimé faire partie de chaque happening tant le duo était à sa place.
Enfin, l'une des plus revigorantes surprises fut donnée à l’arrivée d’un vaste escalier, sur une scène improvisée, par le trio belge l’âme des poètes, programmé en collaboration avec le théâtre des Doms.
Ces musiciens-là surent « animer » l’auditoire au sens premier du terme, en rejouant avec une vivacité détonante certains « standards » bien connus de la chanson française : Brel bien sûr (sans aucune rancune), Brassens, Trénet, Gainsbourg. Répertoire qui exige rythme et agilité dans des enchaînements dirigés de façon éblouissante (en plus de ses vertus de contrebassiste) par le truculent Jean Louis Rassinfosse, maître de cérémonie. Il sut démontrer avec ses petits camarades que ces chansons swinguent et sont capables d'être accommodées à la mode jazz!

L'écoute de musiques exigeantes, sans compromis, entre écriture et improvisation, donna lieu à des moments très forts, encore en mémoire, rehaussés par le caractère exceptionnel du site.
Ainsi, n'oublions pas un autre "morceau de bravoure", le samedi après midi avec le remarquable qui permit de ne pas succomber aux vertus de la sieste bienvenue sous nos latitudes.
Le saxophoniste Guy Villerd conduisit avec passion un hommage très personnel et très juste à Albert Ayler, entouré d'un ardent Christian Rollet à la batterie, du contrebassiste Eric Brochard et de Xavier Garcia aux samplers, chacun très à l'aise.

Jazz à Saumane devrait donc s'inscrire dans le paysage musical tourmenté des musiques actuelles. Mais la création d’une telle manifestation, même assurée de certaines garanties, est toujours fragile, assortie chaque année de son lot d’incertitudes.
Rester vigilant, oeuvrer sur la diversité, dans un système libéral complètement essoufflé, sur des créneaux beaucoup plus éclatés et restreints, renforcer le travail de proximité, quand il y a belle lurette que les majors ont abandonné la partie, est une tâche ambitieuse. Et il appartient à des structures locales spécialisées comme l'Ajmi, de faire vivre ces musiques
Longue vie aux improvisades de SAUMANE...


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JAZZ A SAUMANE : IMPROVISADE  #2
© AJMI


Date : 15 septembre 2005
Sophie Chambon

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Le site du festival

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