Dans son article pour Sud ouest Dimanche (édition du 29 juillet), Philippe Méziat développe les raisons du succès du festival de Marciac :
"Le succès de JIM se confirme d'année en année, et pas seulement en terme de fréquentation. Comme Jean-Louis Guilhaumon se plaît à le souligner "la montée en puissance du festival doit être entendue non pas en rapport avec le nombre d'entrées, mais en terme de notoriété, d'attention, de renommée au sein des manifestations comparables en Europe. La présence d'un public peut-être plus exigeant est également un facteur important". "Au moment même où tous les autres "grands" festivals de jazz marquent le pas (Vienne, Nice, Antibes, Montreux, etc.), et sont obligés (pour remplir) d'inviter des musiciens qui n'ont rien à voir avec cette musique, puisqu'ils en écartent d’emblée les prolongements les plus audacieux. On dira qu'à Marciac il y a au moins un passionné de jazz (devinez lequel), et qu'il s’est battu à la fois pour conserver l'identité de cette orientation musicale, sans la réduire à des formes passées, mais sans l'ouvrir trop vite aux développements du jazz "vif" d'aujourd'hui. Evidemment critiqué par les uns et par les autres, Jean-Louis Guilhaumon a maintenu son cap, et s'il a parfois cédé à des modes – ou à des conseils imprudents – c'était toujours dans l'idée de retrouver une certaine idée de la "Great Black Music" au terme du parcours."
Si j'ai cité longuement cet article c'est qu'il illustre bien la réalité marciacaise... La machine tourne bien : grande équipe de bénévoles rôdés à tous les aléas, marketing et promo bien en place, arge sponsoring et couverture médiatique assurée (articles de Libé tous les jours, reportages, films-docus de Frank Cassenti sur les concerts et aussi les coulisses avec les photos du grand Le Querrec). Le public est généreux, tout content de vivre de vraies vacances en espace rural, dans un département attachant, contrasté dans ses reliefs (suivre la ligne de crête de Beaumarchès à Bassoues en visitant les bastides), où il mange bien et boit des vins de qualité Le Côte de St Mont et surtout le Madiran... bref le bonheur est vraiment dans le pré... gersois !
Je suis arrivée trop tard pour écouter Keith Jarrett, la Star du festival qui se produisait à des prix prohibitifs. Encore que le festival international de piano de la Roque d’Anthéron (13) soit allé plus loin dans la surenchère puisque Jarrett passait pour la première fois dans la Mecque du piano classique et que les places les plus confortables (notion toute relative, car les sièges sont en plastique et les cigales stridulent tard dans la nuit) montaient à 400 Fr. A ce tarif on est obligé de parler de business, la musique est loin d’être la préoccupation première.
Je n'évoquerai pas trop longuement les inévitables soirées consacrées au jazz vocal et à ses chanteuses, de Diana Krall à Dianne Reeves (très professionnelle au demeurant, dans le meilleur sens du terme, et qui obtint d'un public avisé un succès mérité). Doit-on alors mentionner la navrante prestation de la toute jeune Jane Monheit, poupée encore mal dégrossie qui essaie de ressembler physiquement à Gilda en chantant plutôt comme Barbara Streisand ?
Heureusement qu'il y en a pour tous les goûts, et selon Philippe Méziat, la programmation oscille entre "mainstream dans le meilleur sens du terme (Bobby McFerrin, Maceo Parker, Nicholas Payton, Joshua Redman, Wynton Marsalis, Bob Berg, Brecker Brothers, Eddy Louiss, Richard Galliano), grands fondateurs de la mouvance "free" enfin invités (Michel Portal, Aldo Romano, Dave Holland, Abdullah Ibrahim) et plus jeunes aventuriers  | du moment, d'Uri Caine à François Théberge en passant par les frères Belmondo et Jean-Marie Machado."
Une des très bonnes performances fut celle du quintet de Michel Portal, détendu enfin et tout excité à l'idée de jouer pour la première fois à Marciac. Il a donné un concert jubilatoire, l'un des plus réussis de son été (et il a beaucoup tourné) avec son meilleur groupe actuel, le plus en osmose sans doute avec son désir permanent de musique : Bojan Z (p) - Flavio Boltro (tp) - François Moutin (b) - Laurent Robin (dms).
Le dernier soir, dimanche 12 août, le quintette de Dave Holland a rallié tous les suffrages avec un époustouflant batteur, Billy Kilson, un Chris Potter toujours très en forme au ténor et enjoué pour une fois, et un splendide tromboniste en la personne de Robin Eubanks. Sans oublier le vibraphoniste Steve Nelson, plus discret.
C’est la musique actuelle dans ce qu’elle a de pertinent, de technique sans être trop virtuose, qui n'oublie pas non plus d'être mélodique, en partie grâce au savoir-faire et à l'élégance du contrebassiste anglais. Le groupe joua des thèmes de leur "Prime Directive", et des extraits du futur album à sortir bientôt chez ECM sous le titre "Not For Nothin'".
On a toujours beaucoup de plaisir à retrouver un des trombonistes les plus accomplis, chaleureux et mélancolique à la fois, notre Glenn Ferris , qui jouait en invité dans le quartet de Jean-Marie Machado : quelle tension engagée dans le jeu de ce musicien original à la silhouette lunaire et fébrile... Enfin le retour des Breckers très en forme avec un pianiste superbement enragé, DaveKikoski a réveillé des souvenirs du jazz, rock, funk des années 80 au temps du mythique Steps Ahead... Et même plus loin encore puisque les Brecker jouaient déjà chez Frank Zappa dans le "Live in New York" de 77, album incontournable.
Avec ces derniers concerts, bouquet final de très belle qualité, le festival s'est achevé. Ainsi cette édition 2001 de Marciac a passé facilement, mais non sans succès, son examen de l'été. Marciac compte assurément dans le monde du jazz et des festivals, c'est une affaire qui tourne bien et se prépare déjà à fêter comme il se doit, ses vingt-cinq ans en août prochain. . |