Daniel Visani Quartet en concert au Caveau des Dominicains à Guebwiller.
C'est devant un public nombreux que s'est présenté le quartet de Daniel Visani pour une soirée entièrement dédiée à la présentation des compositions originales du guitariste. Le quartet se compose outre Daniel Visani à la guitare, de trois jazzmen suisses très réputés en commençant par Andy Scherrer au piano, Stefan Kurmann à la contrebasse et Peter Schmidlin à la batterie. Le concert démarre après une très courte présentation de Béatrice Fauroux attaché de presse du Caveau des Dominicains.
"Midi 12", swing tout en finesse accompagné par les balais de Peter, thème suivi d'un chorus très mélodique de Daniel. Le piano attaque son chorus et la sauce monte d'un cran avec la transition balais/baguettes et un rythme plus appuyé. Un chorus de contrebasse et retour au thème pour la fin de ce premier morceau. Le public est déjà bien dans l’ambiance au sein de ce caveau voûté aux dimensions idéales pour un concert de jazz.
Daniel présente le prochain morceau "Changin", un blues très groovy dont le thème n’est pas sans rappeler Thelonious Monk. Le choix des dissonances et renversements d’accord de Daniel est tout a fait mis en valeur par les harmonies distillées par Andy. Celui-ci nous gratifie d'un chorus inspiré où les effets de piano "stride" révèlent sa maîtrise de l'idiome blues. Suit "Héritage" un swing décapant où Stefan tombe la veste et Peter emmène tout son monde avec des breaks en 1/4 d'un grand dynamisme. Daniel exécute un chorus avec décontraction et maîtrise, où l'influence de Wes Montgomery (l'un de ses modèles) est évidente.
Retour en eaux calmes avec une somptueuse ballade "Sasha" sur laquelle Andy tisse de somptueuses harmonies. La section rythmique joue tout en nuances et Daniel développe ses idées mélodiques ponctuées de l'utilisation de renversements d'accords très intéressants. Le concert se poursuit avec "Nomad", un morceau latin où la tendance est au lyrisme avec une certaine réminiscence de Kenny Burell.
Le set se termine avec une nouvelle composition de Daniel, "Motif", un swing up-tempo où la virtuosité des solistes est mise à rude épreuve. Daniel se sent très à l'aise sur ce tempo rapide magnifiquement accompagné par les autres musiciens.
Début du deuxième set après l'évocation d'un article du journal l'Alsace relatant le premier concert d'Andy Scherrer et Peter Schmidlin trente ans auparavant dans la nef de l'église des Dominicains. Trente ans de carrière cela laisse pantois, sans oublier qu'à l'époque Andy  | était au saxophone !
Retour à la musique de Daniel avec "Nanou Valse" une mélodie envoûtante et toujours la complicité des musiciens avec le public plongé dans le tourbillon de la valse. Un magnifique chorus de Stefan à la contrebasse où seule la cymbale de Peter l'accompagne doucement.
"Sollicitations", composition présente sur le disque "Changin", propose un swing efficace où les pieds de Daniel s'agitent subitement. Il est totalement impliqué dans sa musique et, bien qu'assis sur une chaise, tout son corps s'agite un peu à la manière d'un Ray Charles.
La transition vers un blues habité se fait avec "Bluesy" où Andy fait oublier le saxophoniste qu'il est et nous fait découvrir l'excellent pianiste. Daniel n'est pas en reste et alterne chromatismes sur des gammes diminuées et riffs blues, l'ambiance monte d’un cran !. Stefan nous délivre son deuxième chorus à la contrebasse avec un brio et un feeling consommé. Peter s'octroie quant à lui 4 breaks de douze mesures et met le feu à la salle, le morceau se clôture sous un tonnerre d'applaudissements.
La soirée se poursuit avec une magnifique ballade "Transparence", toute en douceur. Peter les yeux fermés s'immerge dans le groove de ce morceau et ses balais se font caressants, le son homogène du quartet est tout proche de l'accoustique. Après une joli valse "Mirabelle" le concert se clôt avec "RW", un hommage à West Montgomery.
Que dire de plus que Daniel paye son tribut à Wes tout en apportant une indéniable touche personnelle, Stefan et Peter font monter la sauce de tout leur talent et Andy se lâche. A noter un fantastique solo de batterie de Peter qui utilise tantôt les baguettes tantôt seulement ses mains comme un percussionniste.
Daniel et son quartet saluent mais nous ne nous quitterons pas de sitôt car le public en demande encore et c'est avec un standard, "Remember you" que la soirée s'achève sous les hourras de l'audience. . |