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  CD CORNER
CHRONIQUES CD
CLOSE TO HEAVEN  TRIBUTE TO LED ZEP
ONJ FRANCK TORTILLER

"close to heaven tribute to led zep"
::: TRACK LIST :::
01. Beware the black dog
02. Black dog
03. The rain song
04. Dazed and confused
05. Black mountain side
06. Chill out, honey drip
07. Four sticks
08. Close to heaven - 1
09. Close to heaven - 2
10. Stairway to heaven
11. Before Kashmir
12. Kashmir
13. Moby and moby
14. No quarter

::: CLOSE TO HEAVEN TRIBUTE TO LED ZEP :::

Led Zep, vous vous souvenez ? « Black dog”, “Rock and Roll”, “Whole lotta love”?
Les solos de Jimmy Page sur le premier album quand il fait pleurer le blues ?Et ses riffs diaboliques sur le double Physical graffiti qui finit par ce «Kashmir» lancinant et incantatoire ?
Les interventions explosives de Bonham transformant le dirigeable prussien en « Moby Dick » Dick Dick ou le bassiste John Paul Jones presqu’ impassible face à Robert Plant, la "prima donna" qui hurle comme un goret qu’on égorge?
Le Zeppelin ce fut l’apocalypse en neuf disques, un des plus grands groupes de hard rock du monde, pas seulement de hard d'ailleurs ( avant et après Led Zep, le hard rock n’était et n’est toujours pas grand chose). De rock. Absolutely.
Et les adorateurs du culte verront d’un œil noir des jazzeux venir troubler leur grand messe. Mais après tout, cette musique est "empruntée» aussi : un blues irrigué de violence pure, de sauvages envolées et de mystiques dérives. On rappellera enfin que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, et qu’il consiste surtout dans la manière de le jouer.
Le vibraphoniste Franck Tortiller, nommé en septembre 2005 à la tête du nouvel ONJ, a fait un travail remarquablement futé sur les arrangements, privilégiant une recherche constante de dynamiques, adaptant couleurs et timbres, utilisant l’électronique avec le meilleur effet.
On avouera que l’on était bien un peu inquiet au départ, on attendait cette « relecture » en se demandant comment des mélodies intemporelles comme Stairways to heaven (reprise d’ailleurs avec talent par le groupe Spicebones il y a cinq ans) ou Close to heaven pourraient être transformées sans perdre de leur éclat originel.
Le jeu de Page évoquait l’arc-en ciel et la foudre et l’électricité était injectée dans chaque note par ces musiciens instrumentalisés, totalement fusionnels.
Pas de surenchère ici , si les musiciens de l’Onj osent, c’est dans un registre plus exposé, finalement, que celui du bruit dans un monde en furie. Ils donnent des versions tout à fait inattendues, passant de la virtuosité rageuse des modèles, à un lyrisme plus apaisé. La simple mélodie côtoie l’ abstraction, la limpidité des cuivres rejoint parfois une raucité violente, la douceur des unissons n’exclut pas la puissance de la section rythmique, le phrasé fluide peut aussi devenir saccadé lors du morceau suivant.
Réinvestissant ces « classiques » à la manière des jazzmen pour leurs standards, l’orchestre réussit le tour de force de rendre hommage aux quatre sans les copier servilement, en s’affranchissant alors que l’esprit de Led Zep est conservé, transposé. Comment pourrait- il en être autrement avec une instrumentation aussi insolite et éloignée que possible des originaux ? Faire du LED ZEP sans guitares ni chanteur (si on excepte les élucubrations, très réussies au demeurant, de Patrice Héral, est un pari insensé, impossible. Et le projet s‘avère très réussi justement pour cette raison : avec deux splendides vibraphonistes, deux batteurs quasi nucléaires, une contrebasse chaleureuse et 4 souffleurs émouvants, soit 10 personnes en intégrant Xavier Garcia invité aux claviers et samples .
Ils ne font pas plus de tapage que les quatre de Led Zep mais c’est autre chose assurément : ils apportent une polychromie et une dimension musicale capables de générer à son tour du volume avec un groove permanent. La fusion de tant de cuivre et de métal teintés d’un éclat si particulier, sans prétendre rivaliser avec l’interprétation originale, donne sa couleur propre à l’ensemble. La re-création est plus largement distanciée, les chevaux de bataille et les morceaux recréés d’après ces versions incunables alternent à part égale, plaçant ainsi en perspective, ce travail de réécriture avec le modèle déjà revisité, d’où un effet troublant de miroir.
Plus des citations que des répétitions, l’hommage dépouille pour ne laisser que l’épure, sur l’autel de la nostalgie et du chant
Un sens aigu du montage préside aux enchaînements parfaitement huilés, règlant les contrastes, semant la surprise avec maestria. La virtuosité est partout, transparente à l’effet. Elle sous-tend la quasi totalité d’un répertoire rendu parfaitement original : un véritable concept album comme à la grande époque.
Une réussite captivante.

::: MUSICIENS :::
[NC]
ONJ FRANCK TORTILLER
Label : Le Chant Du Monde/Harmonia Mundi
Sortie : 2006

Date : 08 janvier 2006
Auteur : Sophie Chambon



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