Quelle est "l'histoire" du 'Ayler Quartet' avec lequel vous venez de jouer en concert ?
Guy Villerd : "C'était une commande d'Armand Meignan pour le festival Europa Jazz du Mans, en 2000. La journée de clôture du festival était consacrée à Albert Ayler et il m'a demandé d'y participer.
Le quartet d'origine c'était : Xavier Garcia au synthétiseur, Christian Rollet à la batterie -qui sont, comme moi, des musiciens de l'ARFI- et Jean-Jacques Avenel à la contrebasse. C'est un musicien avec qui on joue depuis longtemps et pour moi, c'était le bassiste qu'il fallait pour cette musique là."
L'idée du synthétiseur, par rapport à la musique d'Albert Ayler ...
Guy : "Il ne s'agissait pas de refaire un quartet comme il le faisait à l'époque, mais d'inscrire sa musique un peu dans le présent. Et ça marche complètement parce qu'Albert Ayler a fait beaucoup de choses avec la musique contemporaine... il était très branché sur la musique actuelle."
Votre propre rencontre avec la musique d'Albert Ayler ?
Guy : "Je ne m'en souviens pas !
Mais Albert Ayler est un musicien incontournable quand on est saxophoniste et en plus de musique relativement improvisée. Il a quand même révolutionné la manière d'utiliser le saxophone, de le pousser dans ses derniers retranchements, surtout le saxophone ténor."
L'ARFI ?
Guy : "L'ARFI va bien, depuis sa création en 1977. On a toujours des projets, ça marche... on est content !
L'ARFI a été crée en 1977 mais juste avant, il y a eu des prémices. Il y avait le Workshop de Lyon, le Marvellous Band - ensuite officiellement, l'ARFI est née en 1977, quasiment en même temps que la Marmite Infernale."
Cet après-midi, le thème principal de la rencontre-débat autour de la musique d'Ayler, était l'engagement politique dans l'art... Qu'en est-il de l'ARFI ?
Guy : L'ARFI et la politique ? Dans les années 70 - 80, on faisait beaucoup de choses politiquement. On jouait dans les fêtes du PC, on jouait dans les comités d'entreprise chez Renault pendant les grèves... et c'est vrai que tout ce réseau là s'est un peu dissout dans les années 90... Plus récemment, politiquement, on a suivi de manière assez vive le mouvement des intermittents. On a été jusqu'à annuler l'intégralité d'un festival qu'on faisait.
Bien sur, on est engagé politiquement, mais je continue de confirmer ce que je disais cet après-midi. Il ne suffit pas de faire de la musique improvisée ou du free jazz pour être politique. Maintenant, cela ne suffit pas. Il faut faire autre chose, il faut s'engager vraiment. Et puis de toute façon, cela n'a jamais suffit, même s'il y a des périodes où l'ensemble des choses sont politiques, comme dans les années soixante. Les noirs aux Etats-Unis en avaient assez de leur situation; de notre côté en France, en Europe, il y en avait assez d'avoir toujours les mêmes dirigeants depuis 1945 ainsi qu'une société complètement figée qui n'avançait plus...
Tant qu'il y a un mouvement généralisé où tout le monde veut bouger, il n'y a pas de problème, la musique est un révélateur. Mais ce n'est qu'un révélateur.
Cela peut parfois être un déclencheur, parce que cela fait avancer les choses. La musique est dans le futur, elle est toujours dans le futur et c'est un des arts qui est peut-être le plus dans le futur et qui pousse les choses... Mais dans les époques actuelles, il faut faire autre chose pour s'engager. La musique c'est important, mais il n'y a pas que cela. Sinon, c'est trop facile. Tu mets un disque d'Albert Ayler sur ta chaîne stéréo et voilà, tu es engagé !
Cela ne fonctionne plus comme cela. Cela a pu marcher à une certaine époque mais plus maintenant."
La musique, l'instrument... et aussi le choix stylistique et puis l'engagement...
Guy : "C'est fait de hasard ou de rencontres et d'opportunités... La première chose que j'ai fait en musique, j'étais à l'armée où je jouait du saxophone et j'allais trois fois par semaine au Hot Club de Lyon, où il y avait justement les prémices de l'ARFI -c'est à dire le Workshop de Lyon et Le Marvelous Band. Une fois, ils ont organisé une soirée et la première intervention que j'ai fait, c'est un duo avec Christian Rollet. A l'armée, je faisais les pompes sans arrêt (poum poum poum) et j'avais un son énorme ! Alors en duo avec Rollet, on a fait un truc qui a décoiffé tout le monde. Du coup, j'avais mon billet d'entrée ! Après, ça s'est enchaîné...
Je fais aussi des spectacles musicaux pour enfants, depuis la même époque, depuis les années 77-78. Je mène les deux de front et c'est très bien. C'est formidable de travailler avec les enfants. C'est politique.
Au départ, c'est dans une compagnie, "La Carrérarie", créée par Christian Rollet et Maurice Merle, d'une part pour former à ces musiques là ou a une ouverture musicale un peu différente - car à l'époque où ils ont crée cette compagnie, il n'y avait pas grand chose dans le spectacle pour enfants, musicalement- et puis pour vivre aussi de la musique, parce que la musique improvisée ne suffisait pas.
Et puis, il y avait la volonté de communiquer cette musique là à d'autres gens, ainsi que d'inventer d'autres formes, pas seulement la musique mais dans des formes musico théâtrales.
C'est vraiment génial de travailler avec des enfants. Ils sont réceptifs, ils ont de la naïveté, -la même naïveté qu'il faut pour jouer ou écouter la musique d'Albert Ayler- de la fraîcheur, ce qui ne veut pas dire qu'ils font des cadeaux, au contraire."
La composition (entre autre pour le théâtre...) et l'improvisation...
Guy : "C'est complémentaire, que ce soit les musiques improvisées ou les musiques improvisées pour le théâtre ou la composition pour le théâtre ou la composition pour l'orchestre. C'est un peu un tout, un mélange. On ne change pas vraiment d'esthétique, on ne se remet pas en balance à chaque fois.
Là, par exemple, on vient de faire une création avec une chorale sud-africaine, où on a reçu des chants de cette chorale et il a fallu qu'on fasse des arrangements dessus...
Alors voilà, on a des rencontres de ce type là ou pour faire une musique pour le théâtre, ou des arrangements sur de la musique folklorique, sur des chants... C'est très varié et c'est l'idéal, j'adore vraiment cela. On change de monde vraiment."
Vos projets :
Guy : "Il y a deux gros projets dans les semaines qui viennent : un spectacle, qui s'appelle "Et Merde" (joué au festival off d'Avignon, du 18 au 31 juillet), avec un quartet de jazz - c'est à dire avec un trio ARFI de base : Christian Rollet à la batterie, Jean Méreu à la trompette et moi-même au saxophone, auquel nous avons ajouté Eric Brochard à la contrebasse - et un trio de cornistes de l'Opéra de Lyon ainsi qu'une comédienne, Elisabeth Macocco. Le sujet c'est les gros mots et les insultes.
L'autre gros projet, c'est "Sing For Freedom", une rencontre de la Marmite Infernale avec la chorale sud-africaine, "Le Nelson Mandela Metro Choir", dont je parlais tout à l'heure. On va faire une tournée en novembre 2004 dans vingt villes de France. On vient d'enregistrer un disque avec eux, qui sortira en octobre sur le label de l'ARFI et sera distribué par Abeille Musique.
C'est un projet superbe."
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