Peux-tu revenir sur ton parcours et notamment ce qui t'as séduit plus particulièrement dans le jazz ?
Sébastien paindestre : "En intégrant le conservatoire de Montreuil en classe de piano classique en pleine adolescence, l'âge ou l'instinct d'indépendance nous appelle, je me suis aperçu qu'un monde que je ne connaissait pas existait. Ce monde était vraiment différent que ce que je vivait au quotidien au lycée. Au contact de professeurs, d'élèves, de musiciens, qui avaient donc la même passion que moi, j'ai pu commencer à pouvoir me construire une identité.
J'ai entendu une élève en classe de piano classique que je connaissais, qui faisait également du saxophone, se produire sur scène avec le Big Band d'élèves de J.C Fohrenbach. J'avais à cette époque du mal à me représenter ce qu'était le Jazz, j'ai compris que c'était tout simplement être "soi-même".
Mise à part cette sensation de bien être que j'éprouvais en l'écoutant, ce qui m'a séduit, c'est de pouvoir rencontrer, échanger avec ceux qui m'avaient procuré ce bien être. Mes idoles en musique classique étaient toutes mortes depuis longtemps!"
A quel moment as-tu décidé de te consacrer à la musique et au jazz ?
Quelles ont été les rencontres (écoutes, expériences...) déterminantes pour toi ?
Sébastien : "La première écoute d'un disque de John Coltrane vers mes 18 ans a été ma plus grande émotion musicale jamais vécue, c'était le concert du quartet à l'Olympia en 61 avec Eric Dolphy. Les accords obsessionnels de Mc Coy Tiner à la main gauche résonnent encore aujourd'hui dans ma tête...
Pour moi, le parcours d'un musicien de Jazz est avant tout une histoire de rencontre, Franck Oberson, contrebassiste de Jazz émigré au Brésil, qui était dans l'atelier de "Fofo" a été l'initiateur, j'ai découvert en sa compagnie les lieux où se produisaient les musiciens de Jazz à Paris, le Sunset, Duc des Lombards, New Morning, Arbuci, Petit opportun...
Mais j'ai commencé à me consacrer pleinement au Jazz en rejoignant la formation du saxophoniste Franck Roger, "Now Blues Quartet" en 1997.
Même si j'ai participé à des ateliers Jazz lors de ma formation, je me considère comme un autodidacte, l'envie de m'exprimer était plus forte que l'envie d'apprendre, depuis, les choses sont rentrées dans l'ordre !
Des individus comme David El-Malek, Jobic Lemasson et Franck Roger, chacun à leur manière, m'ont par contre beaucoup appris.
Ma rencontre en 1999 avec la chanteuse Cristine Combe et le pianiste Jacques Labarrière et Eve Griliquez pour le spectacle sur Boris Vian "On est pas là pour se faire engeuler" a été décisive sur le choix d'une carrière professionnelle."
Peux-tu nous parler de tes autres activités liées à la musique, comme ton engagement au sein de la Fabrica'son... ?
Sébastien : "J'ai été animateur en centre de loisirs pendant 8 années, parallèlement à mon activité de musicien, l'enseignement a été une passerelle, j'ai pu garder le contact avec les enfants, ce qui était très important pour moi.
C'est compliqué de faite coexister ces deux activités, avec la réforme du statut des intermittents, les structures de l'enseignements musicales sous la pression de l'Unedic demandent à tous les musiciens intermittents de faire un choix entre les deux activités.
J'ai donc été obligé, pour l'instant, de réduire cette activité même si cela m'apporte beaucoup de satisfactions.
La Fabrica'son est pour moi une aventure humaine formidable avec des camarades musiciens et des bénévoles. Nous avons fêté ce moi-ci les 5 ans d'existences de ce lieu à Malakoff dans les Hauts-de-Seine.
Cela prend beaucoup de temps et d'énergie car nous sommes tous bénévoles, mais le jeu en vaut la chandelle. Nous sommes fiers de présenter le Jazz dans toute sa diversité, trop souvent "cloisonné" dans tel ou tel lieu. Les adhérents nous font confiance, ils découvrent que le Jazz n'est pas qu'une musique mais plusieurs langages.
Les concerts ont lieu chaque premier dimanche du mois, d'octobre à juin à 16h00, ce qui permet au jeune public d'assister aux concerts. Pour assister aux concerts, il faut adhérer à l'association pour 13€, ce qui donne droit, la première fois, à l'accès au concert et une boisson gratuite, ensuite les concerts sont à 6€ pendant un an."
Tu viens d'enregistrer en trio, l'album "Ecoutez-moi" (distribution Musicast), qui va sortir le 20 mars 2005. Peux-tu nous le présenter ?
Sébastien : "Après deux ans de travail et des concerts intéressants, l'envie d'enregistrer en studio avec cette formation m'a paru normale, j'avais envie de garder une trace, puis les choses se sont accélérées à l'écoute "des bandes", une cohésion, une alchimie singulière se dégageait ! Sans label, je me suis démené pour trouver un distributeur et je me suis occupé de toute la promotion du disque. Je crois réellement à la qualité du disque.
J'avais depuis longtemps le projet de jouer avec ce format, mais je ne me sentais pas prêt, peut être à cause de l'héritage du trio incarné principalement, pour moi, par Bill Evans et aujourd'hui par Brad Mehldau.
En jouant avec Antoine Paganotti, encore un "ancien" de Montreuil, et Jean Claude Oleksiak, l'idée c'est imposée à moi au fur et à mesure des concerts, des nouvelles compositions, du son, de la pulsation crée par l'orchestre. Le trio piano-basse-batterie devient une "entité" sonore à part entière, ceci me parait actuellement irréalisable dans une autre configuration.
Il y a un standard dans l'album, un morceau du saxophoniste américain Kenny Garret très énergique, et j'ai signé le reste des morceaux. Malgré des compositions assez référentielles à la musique "modale", j'ai écrit d'autres compositions influencées par la musique classique qui leurs donnent un caractère plus poétique. Une composition est dédiée à Serge Gainsbourg. Je me sens très proche de son univers, de ses écrits."
Ton actualité et tes projets
Sébastien : "Je pense préparer avec Cristine Combe son nouveau spectacle l'année prochaine; je pars en tournée dans le sud de la France en Août 2005 avec le "Now Blues Quartet" et j'espère enregistrer de nouveau avec le trio vers mai-juin 2005 car j'ai écrit un nouveau répertoire pour cette formation."
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